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La Tidjania

La Tidjania
La Tidjania

La Tidjana a pour fondateur Sidi Ahmed Al Tidjani, né en Algérie en1737 et décédé à Fez en 1815. Au Fouta-Toro l'essor de la confrérie est dûe à El Hadj Omar Tall (1794-1864), revenu de la Mecque en qualité de Khalife des Tidjanes pour le Soudan.
En pays wolof, le mérite de la propagation de l'ordre revient à El Hadj Malick Sy, né en 1855 près de Dagana. En 1902, il se fixa définitivement à Tivaouane qui devint, sous son impulsion, un centre d'enseignement et de culture islamique. A son décès, en 1922, son fils Ababacar Sy fut le premier khalife ; Mansour Sy, son frère, lui succéda mais mourut quatre jours plus tard. Serigne Mansour Sy est depuis 1997 (date du décès d'Abdoul Aziz Sy) l'actuel khalife.
Le Gamou de Tivaouane rassemble chaque année de nombreux fidèles à l'occasion du Maouloud (naissance du Prophète). La "maison" de Tivaouane n'est pas la seule que compte la confrérie au Sénégal. Il y a celle de Kaolack qui a pour fondateur Abdoulaye Niasse, celle de Médina-Gounass (à l'est du parc du Niokolo Koba) créée par Mamadou Saïdou Ba et, près de Thiès, celle Thiènaba dont l'initiateur fut le disciple d'un célèbre marabout du Fouta, Amadou Sekhou.
La Tidjania attache une grande importance aux aspects culturels et éducatifs. Elle est favorable à l'adhésion individuelle du disciple.


El Hadj Malick Sy: Maodo

Des origines prophétiques En ce qui concerne la vie de cet homme exceptionnel, un constat s'impose : du 25 février 1855, date de sa naissance à Deuw Fall (Gaé) dans le département de Dagana, au 27 juin 1922, date de son rappel à Dieu à Tivaouane, El Hadj Malick Sy aura fait un long chemin. Il a surmonté maints obstacles, et abattu un travail de titan dont la résultante est aujourd'hui une parfaite propagation de l'Islam, de la Tijaniyya à travers non seulement le Sénégal, mais aussi l'Afrique, l'Europe, les Amériques, etc. Relativement à ses lignées paternelles et maternelles, qui convergent toutes autour du Sceau des Prophètes Seydina Mohamed (SAWS), on retient que Maodo Malick Sy (RTA) est de parents d'origine arabe. Il est un enfant posthume, fils de Ousmane, lui-même de Mouhaz fils de Mohamed, descendant de Youssouf, Dramame, Ciré, Boubou, Yahya tous descendants du Chérif Chams Eddine. De sa mère Fawade Wellé, le Saint de Tivaouane appartient à la famille des « Ansaar », l'ethnie qui a accueilli le Prophète (SAWS) à Médine, au terme d'Al Hidjra (Hégire), exil, sur instruction d'Allah le Tout Puissant. Son acharnement pour les études et l'enseignement n'étonnerait que le profane, quand on sait que son ascendant, Ousmane Sy, a atterri au Walo, après des études en Mauritanie auprès du Professeur Mohamadou Baba Al Daymani, à la recherche d'un livre que seul possédait le marabout Malick Sow de Gaé. Ce dernier sera plus tard l'homonyme de Seydil Hadj Malick Sy (RTA) et un de ses maîtres d'école coranique. Une si longue pérégrination Il a été initié aux premières lettres du Coran par son oncle maternel, Alpha Mayoro Wellé, avant de faire un pèlerinage au Djoloff de son père ,sur instruction de son oncle Ahmed Sy. Il retourne au Walo en 1864 ,pour achever ses études auprès de son homonyme et de son oncle Alpha Mayoro, qui le confiera ensuite à d'autres maîtres. Et chacun le forma dans sa spécialité (Droit - grammaire - Tajwiid, etc). Ce fut, après, une longue pérégrination auprès des maîtres les plus réputés à l'époque, en Mauritanie, dans le Fouta, au Ndiambour et au Cayor. Ainsi, se rendit-il à Ndothj Sèye, Pathiasse, Nguithie, Ghjiléki, Diabbé Lidoubé, Oréfondé, Lougué Sebbé, Lougué Foulbé, Thiarène, St-Louis, Taïba Sèye, Dramane, etc. De retour à Gaé, en 1873, il reçut le Wird, la Hidiaza (qui faisait de lui un Moukhaddam de la Tidianiya) de son oncle Alpha Mayoro Wellé. Ce dernier en avait reçu l'ordre d'El Hadji Oumar Al Foutiyou Tall (que Dieu soit satisfait de lui). Ce ne fut pas son seul Hidiaza. Car beaucoup d'autres grands maîtres, dont Maouloud Fall (en 1876) et Mohamed Aly, lui en donneront par la suite. Vivre de la sueur de son front Ne voulant jamais vivre aux dépens des autres et évitant toujours d'être un parasite social, El Hadj Malick Sy s'installe à Ngambou Thieulé (situé entre Gaé et Dagana) pour travailler la terre et enseigner. Le fruit de son labeur lui permit d'effectuer, en 1889, le pèlerinage à La Mecque, 5e pilier de l'Islam. Au Sanctuaire Béni et Sacré, comme dans la mosquée-mausolée de Seydina Mohamed (SAWS) à Madinah Al Mounawarah, il demanda au Tout Puissant d'exaucer les v½ux qui suivent : l'épargner, lui, tous les chefs religieux musulmans, leur famille et leurs fidèles, des tentatives de domination de tout ordre des colons pour mieux pratiquer les recommandations divines ; l'obtention de terres où il pouvait travailler et prendre en charge sa famille, ses fidèles et lui-même, pour ne pas être un fardeau pour les autres. Ses autres v½ux sont de pouvoir, grâce à ses actions et à ses fonds propres, réussir une prolifération des mosquées à travers le pays. Il a prié également pour qu'il n'y ait aucune différence visible (habillement, comportement, etc) entre ses enfants et les autres fidèles et amis. Enfin, pour qu'il lui soit réservé dans l'autre monde tout ce que Dieu lui destinerait comme Lumière et autre puissance mystique et religieuse. Chacun sait que la plupart des prières de Maodo ont été exaucées, si l'on en juge par les vastes champs qu'il exploitait à Ndiarndé, Diaksao, Diamaguène, etc, les mosquées qu'il a fait construire partout, ou que ses fils ont fait construire, dont celle de Paris. C'est l'un de ses disciples, El Hadj Abdoul Hamid Kane de Kaolack, qu'il a envoyé en définir l'orientation vers l'Est, en 1922. De retour de La Mecque en 1890, Maodo Malick s'installe à Ngambou Thieulé. Il construisit ensuite la Zawia de St-Louis en 1892, retourne séjourner au Djoloff puis rentre à St-Louis. Ses nombreux déplacements, l'affluence des fidèles, qu'il réunissait pour leur dispenser un enseignement, les prières et Wazifa dans la Zawiya et dans sa concession ont attiré l'attention des colons, qui ont assimilé ces invocations au Tout Puissant à des mots de passe et des consignes de guerre. Ils soupçonnaient, en outre, le guide religieux de détenir des armes. C'est ainsi qu'il a été convoqué, plusieurs fois ,devant le bureau politique du Gouverneur du Sénégal, de 1893 à 1905. À chaque fois, Maodo ne variait pas dans ses réponses : « Dieu nous a ordonné, à vous et à moi, de l'adorer, de prier. Vous avez refusé et moi j'exécute. Voilà ce que mes fidèles et moi faisons tous les jours. Ce que vous appelez cris de guerre ou mots de passe ne sont qu'évocations du Tout Puissant et prières sur la Meilleure Créature, le Prophète Mohamed (SAWS). Concernant les armes, j'en ai une et une seule : mon chapelet avec lequel je me battrai jusqu'à ce que l'Islam et la Tidianya atteignent les coins les plus reculés du monde, à votre grand dam ». Finalement, et suite aux témoignages des plus grands érudits de l'époque et aux différents rapports des services secrets, l'administration française était convaincue que : « Seydyl Hadj Malick était le marabout le plus instruit, le plus cultivé, le plus pédagogue de son époque ». Outre ces mots consignés dans les archives nationales et de France, l'un des témoignages les plus éloquents fut celui du grand Chérif Cheikh Sidya, descendant du Prophète Mohamed (PSL) et grand maître de la confrérie Khadriya. Après le défi de l'implantation de la Zawiya de St-Louis (près du gouverneur du Sénégal), Elhadj malick s'installe à Ndiarndé, puis à Tivaouane. En 1902, il organise la première commémoration de l'anniversaire de la naissance du Prophète de la miséricorde, le sceau Seydina Mohamed (SAWS), sous sa forme actuelle. Enseignement décentralisé Mais le domaine où Malick Fawade (pour les Walo Walo) ou Malick Ndiogou (pour les Djoloff Djoloff) a réalisé des merveilles, c'est celui de l'éducation et de la formation. Son confident et intendant le défunt Imam Raatib de Bambey, El Hadj Alioune Tall, a révélé que, de l'apparition du soleil à son coucher, Seydyl Hadj Malick dispensait un enseignement à plus d'une centaine d'élèves et dans différentes matières, tandis qu'il consacrait la nuit à écrire. Il n'a jamais prié seul (prières canoniques) et a toujours pratiqué la Wazifa en commun avec les fidèles, jusqu'à son rappel au Très Haut ». Là, il est à signaler que plus d'une cinquantaine des 180 élèves, qui fréquentaient l'école de Maodo, le faisait concomitamment avec des études à l'école occidentale. Ce qui prouve son ouverture d'esprit et l'importance qu'il accordait à la formation des âmes -tout en les purifiant- des enfants qui lui étaient confiés. De cette école, une véritable université populaire, sont sortis d'abord 41 Moukhadams qu'il a installés, partout au Sénégal et dans certains pays africains, (Ndary Mbaye, au Gabon, El Hadj Amadou Bouyo Guèye, en Côte d'Ivoire, Madiakhou Diongue, au Congo-Belge, actuel RDC, entre autres), pour propager et perpétuer son ½uvre éducationnelle. Parmi les autres élèves figurent, hormis ses fils Ahmed, Babacar, Mansour, Abdoul Aziz et Habib, ceux de Chérif Younousse de Banguère (Casamance), Serigne Youssoufa Diop, Médoune Mbaye Sarr, Mor Binta dit Mbeur Sy, Mor Khoudia Sy, Baye Mbacké et Baye Dame Sy, Amadou Anta Samb, Serigne Hady Touré, Maouloud Fall (un Mauritanien), El Hadj Rawane Ngom, El Hadj Abdoul Hamid Kane, Serigne Ngounta Diop, El Hadj Alioune Tall, le Cadi Alioune Dia, Elimane Sakho. Tous ces érudits ont fondé dans les localités où Maodo les avait envoyés, des foyers religieux qui, à ce jour, illuminent tous les coins et recoins environnants. Ils avaient la charge de décentraliser l'éducation et l'enseignement des sciences islamiques. Au plan social, Maodo avait lié une fraternité agissante avec la plupart de ses contemporains, avec lesquels une convivialité et une estime réciproque étaient vivifiées et convenablement entretenues. Il disait aux membres de sa famille et à son entourage immédiat que : « Toute personne qui ne dirait outre que du bien ,dans mes relations avec mon parent et frère Ahmadou Bamba ,s'exclurait tacitement des miens ». Cette attitude irréprochable lui a valu beaucoup d'éloges, sous forme de poèmes de la part de grands hommes de Dieu comme Cheikh Saadbou Aby, Thierno Ameth Ndiaye Babahé, Thierno Sileymane Ball, Thierno Makhtar Kébé, El Hadj Cheikh Thiam de Fatick, Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké Khadimou Rassoul, etc. Ce dernier est son cousin. Une relation privilégiée avec toutes les familles religieuses Car Mame Marame Mbacké leur grand-père commun avait 3 fils : Amadou Farimata, Thierno Farimata et Ibra Farimata. Amadou Farimata est le père de Maty Mbacké, elle-même mère de Ousmane Sy le père d'El Hadj Malick Sy. Thierno Farimata a eu comme fils Mame Balla Aïssa Boury Mbacké, père de Mor Anta Sally Mbacké, ascendant direct de Cheikh Ahmadou Bamba. Ibra Farimata est le père de Khary Mbacké dont le fils Ngagne Niang est père de Safiatou Niang la sainte mère d'El Hadj Abdoul Aziz Sy A'Dabbakh (Rta). Ces deux grands hommes, qui ont fait la fierté des musulmans de l'Afrique et du monde, se sont rencontrés à Ngambou Thiallé peu avant l'exil de Khadimou Rassoul. Au terme de son séjour, Serigne Touba a écrit quelques vers destinés à son cousin, ami et contemporain. Dans le cercle des disciples de Maodo, on ne peut oublier El Hadj Saïdou Nourou Tall (RTA), petit-fils du Commandeur des Croyants, Cheikh Al Hadj Oumar Al Foutiyou. Il était le régulateur de la famille de Seydyl Hadj Malick dont il avait épousé une des saintes filles. D'ailleurs c'est à Mame Thierno (comme on l'appelait affectueusement) que l'homme de Tivaouane confia la famille avant d'être rappelé à Dieu. Un legs à la dimension incommensurable Dans le domaine littéraire, Maodo Malick a légué à la postérité une richesse immense. On y note entre autres « Kilazu Zahab Fi Sirati Khayrul Arab », un recueil de 1001 vers, retraçant la vie du Prophète (SAWS), depuis que Dieu a eu l'intention de le créer à partir de Sa propre Lumière, jusqu'au dernier homme qui a quitté la tombe après l'enterrement. Il y a aussi « Kifayatou Rakhiline », un livre de Droit civil, social et pénal, « Wassilatoul Mouna ou Tayssir », « Fatihatou Toulaab », « If AAmi Mounkiri Jaami », etc. Le saint a aussi écrit sur la médecine, l'astrologie, etc. Le tout fait l'objet d'un recueil édité en Tunisie en 1912 pour la première fois. En 1911, le dernier rapport que les colons ont réalisé stipulait : « El Hadj Malick Sy est toujours conforme aux enseignements du Saint Coran, de la Suna et de la Tidianya. Il prêche un Islam dépourvu de fanatisme et de légende. Il pratique et prêche l'orthodoxie de l'Islam, sans ostentation ou intolérance ». Il aura fait un parcours sans faute. Résistance pacifique et formation El Hadji Malick Sy s'est installé entre 1900 et 1902 à Tivaouane, à l'heure où le colon cherchait à imposer sa volonté. Pourtant, ce chevalier de l'Islam a réussi la prouesse de propager ses idées, par le truchement d'une stratégie de coexistence pacifique. Armé de patience, de fermeté, de persévérance et d'abnégation, Maodo Malick Sy a fini par imposer au niveau national sa vision de l'Islam, en éviter les contacts dissolvants qui n'ont, la plupart du temps, abouti qu'à une destructuration de la société. Ce qui est d'ailleurs arrivé à presque tous les résistants qui ont adopté la méthode de la confrontation. Mais, la stratégie de la résistance pacifique ne l'empêchait pas de s'en prendre violemment aux colons hérétiques. Le Saint homme de Tivaouane opta constamment pour l'éveil des consciences. De ce point de vue, le champ de Diacksao était un cadre très propice, pour délivrer un enseignement à la fois religieux, moral et même politique. El Hadj Malick Sy était un homme de son temps, d'une extraordinaire acuité intellectuelle et fabuleusement lettré. À cet égard et pour s'informer sur les activités du colon, il était abonné au journal officiel qu'il se faisait lire à chaque parution. Moraliste émérite et éveilleur de conscience, Maodo aura été non seulement un témoin de son temps, mais aussi un visionnaire. Son combat a été de former des soldats de la foi et de les disperser pour qu'ils diffusent le savoir, élargissent les bases de la religion et de la tarikha. L'exemple type est celui de ses Zawiyas, implantées en plein c½ur du dispositif colonial, c'est-à-dire principalement à Dakar et à Saint-Louis. Parce qu'il avait choisi d'installer ses lieux de cultes, en plein centre des deux capitales qu'a connues le Sénégal, sa stratégie de quadrillage du territoire et de grand rassemblement du Gamou n'a pas manqué de susciter des inquiétudes chez le colon. Mener, en période coloniale, un combat de cette dimension et le gagner ne pouvait être que le fait d'un homme exceptionnel, à tous points de vue, et dont l'exemple de détachement et d'effacement ajoute à la grandeur.
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# Posté le jeudi 23 mars 2006 07:48

Modifié le mardi 12 juin 2007 02:40

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